Les trois Bouddhas de Tagondaing : bronzes bouddhiques Pyu des VIe–VIIe siècles
- Denis Lepage
- il y a 1 heure
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Parmi les exemples les plus fascinants de sculpture bouddhique ayant survécu dans l’ancien Myanmar figurent trois Bouddhas debout en bronze découverts dans le village de Tagondaing. Bien que relativement peu d’informations archéologiques détaillées concernant leur découverte soient disponibles dans les publications en langues occidentales, ces sculptures constituent d’importants témoignages de l’évolution de la fonte des bronzes bouddhiques au cours de la période Pyu tardive.
Le groupe est connu dans les travaux universitaires birmans sous le nom de « Trois images de Bouddha de Tagondaing de la période Pyu ». Une étude consacrée spécifiquement à ces trois sculptures, rédigée en birman par Myo Thant Tyn, a été publiée à Yangon en 2006.
Leur importance ne réside pas uniquement dans leur ancienneté. Leur représentation caractéristique du Bouddha debout et leur modelé sobre offrent un aperçu fascinant d’une période de l’histoire du Myanmar qui précède de plusieurs siècles le grand art bouddhique de Bagan.
Tagondaing et le monde Pyu
Tagondaing, également orthographié Tagundaing, est situé dans le sud-est du Myanmar. Sa localisation est importante car elle se trouve en dehors des principaux centres urbains Pyu les plus connus des historiens, tels que Śrī Kṣetra.
Le monde Pyu s’étendait sur une partie considérable du Myanmar au cours du premier millénaire de notre ère. Ses cités étaient reliées à l’Inde, au Sri Lanka et à d’autres régions du monde bouddhique par le commerce, les pèlerinages et les échanges culturels.
Aux VIe et VIIe siècles, les traditions artistiques bouddhiques étaient déjà solidement établies au Myanmar. Les artistes réalisaient des représentations en bronze, mais également en pierre et en terre cuite, tandis que les idées bouddhiques et les modèles iconographiques étaient adaptés aux traditions locales.
Les bronzes de Tagondaing appartiennent à cette phase de maturité de l’art bouddhique de la période Pyu.
Ils ne doivent donc pas être décrits simplement comme des « Bouddhas birmans primitifs » ou comme les prémices de la sculpture du Myanmar. Leur style s’inscrit dans un environnement artistique déjà développé, qui avait assimilé puis transformé des influences provenant de l’ensemble du monde bouddhique.
Une tradition des VIe–VIIe siècles
L’une des trois sculptures de Tagondaing est particulièrement bien documentée.
Le catalogue Buddhist Art of Myanmar de l’Asia Society, publié à l’occasion de son exposition de 2015, présente un Bouddha debout découvert dans le village de Tagondaing et le date largement des Ve–VIIe siècles de notre ère. Le bronze mesure environ 15 pouces, soit 38,1 centimètres, de hauteur.
D’autres éléments semblent toutefois orienter la datation vers la partie la plus récente de cette période.
Un article consacré à l’ancienne cité de Kyaungpya décrit un monumental Bouddha debout en bronze découvert en 2007. L’article précise que cette sculpture est similaire aux trois Bouddhas trouvés à Tagondaing et indique que, selon un expert, les exemplaires de Tagondaing seraient considérés comme des œuvres datant du VIIe siècle.
Pour cette raison, le groupe de Tagondaing est particulièrement intéressant lorsqu’il est replacé dans le contexte de l’évolution de la sculpture bouddhique Pyu aux VIe–VIIe siècles.
La datation précise de chacune des figures doit néanmoins être considérée avec prudence, car les sources publiées actuellement disponibles ne fournissent pas de chronologie archéologique détaillée permettant de dater individuellement les trois sculptures.

Le Bouddha debout
La représentation debout constitue l’une des caractéristiques les plus frappantes du groupe de Tagondaing.
Dans la sculpture birmane plus tardive, notamment à partir de Bagan, le Bouddha assis devient de très loin la forme dominante. Au cours des siècles précédents, cependant, les représentations debout occupaient une place importante dans l’iconographie bouddhique.
Le Bouddha debout de Tagondaing est représenté frontalement, avec un corps fortement vertical. La sculpture conservée présente une silhouette allongée, avec un torse relativement élancé et un modelé sobre.
On y trouve peu de la masse et du volume physiques qui deviendront par la suite familiers dans la sculpture birmane.
La figure affirme au contraire sa présence par la symétrie et la verticalité.
Il en résulte un Bouddha calme, solennel et presque dénué de pesanteur.
Cette qualité confère à la sculpture de Tagondaing un caractère singulier dans l’histoire de l’art bouddhique au Myanmar.
Le corps du Bouddha
Le traitement du corps est particulièrement révélateur.
La figure n’est pas conçue comme un portrait naturaliste d’un être humain. Les proportions sont volontairement idéalisées, créant un corps qui exprime la perfection spirituelle plutôt que l’identité individuelle.
Les épaules, le torse et les jambes s’organisent autour d’un axe central. Il en résulte une image destinée à être contemplée de face, la symétrie renforçant la sérénité et l’autorité spirituelle du Bouddha.
Cette approche rattache la sculpture aux grandes traditions artistiques bouddhiques de l’Inde et de l’Asie du Sud-Est, tandis que les proportions et le modelé particuliers lui confèrent un caractère nettement propre au Myanmar.
C’est précisément cette combinaison entre une imagerie bouddhique internationale et une interprétation locale qui rend la sculpture Pyu si importante.
Influences indiennes et langage bouddhique local
L’art bouddhique de la période Pyu ne peut être dissocié du monde artistique plus vaste de l’Asie du Sud et de l’Asie du Sud-Est.
Le Myanmar était relié à l’Inde par des routes maritimes et terrestres. Moines bouddhistes, marchands et pèlerins voyageaient entre ces régions, apportant avec eux des textes religieux, des traditions iconographiques et des idées artistiques.
Les représentations du Bouddha produites au Myanmar reflètent ainsi un ensemble complexe d’influences.
Les bronzes de Tagondaing doivent être compris dans ce contexte. Leurs sculpteurs ne travaillaient pas de manière isolée. Ils participaient à une tradition artistique bouddhique internationale tout en développant simultanément des solutions locales pour représenter le Bouddha.
Ce processus allait devenir l’une des caractéristiques fondamentales de l’art bouddhique du Myanmar.
La fonte du bronze à l’époque Pyu
Les sculptures de Tagondaing sont également importantes parce qu’elles témoignent du degré de sophistication atteint par la fonte du bronze au Myanmar plusieurs siècles avant Bagan.
Le bronze permettait aux artistes de créer des images plus petites et plus facilement transportables que les sculptures en pierre. De tels objets pouvaient être installés dans des monastères et des sanctuaires, ou transportés entre différents centres religieux.
La technique de fonte permettait également aux sculpteurs d’obtenir des détails subtils et des formes soigneusement maîtrisées.
La conservation des bronzes de Tagondaing revêt donc une valeur particulière. Les images métalliques sont intrinsèquement vulnérables aux dommages, à la refonte et au réemploi, notamment durant les périodes d’instabilité politique.
Le fait que ces sculptures aient survécu jusqu’à l’époque moderne nous offre une occasion rare d’étudier les réalisations techniques et artistiques de la fonte du bronze à l’époque Pyu.
Un lien avec Kyaungpya
Les Bouddhas de Tagondaing deviennent encore plus intéressants lorsqu’on les compare à une découverte plus récente effectuée à Kyaungpya, un ancien établissement fortifié de la région de Taungoo.
En 2007, des archéologues et des chercheurs locaux ont découvert un grand Bouddha debout en bronze mesurant environ 12 pieds de hauteur. La découverte était associée à des représentations de Bouddha en latérite, à des plateaux en bronze et à des tablettes votives.
L’immense sculpture possède à l’arrière un crochet destiné à fixer l’image à un autel ou à un élément architectural. Selon un article publié par Myanmar Digital News, sa forme a été considérée comme similaire à celle des trois Bouddhas de Tagondaing, que l’expert consulté associait à une réalisation du VIIe siècle.
Cette comparaison est particulièrement intéressante car elle suggère que les sculptures de Tagondaing pourraient appartenir à une tradition plus vaste de Bouddhas debout en bronze dans cette région.
La découverte de Kyaungpya démontre également que des images en bronze de ce type pouvaient être réalisées à une échelle monumentale.
Les deux groupes ne doivent toutefois pas être confondus. Le Bouddha de Kyaungpya possède son propre contexte archéologique, et une similitude stylistique n’implique pas nécessairement que les sculptures proviennent du même atelier.
Avant Bagan
Les Bouddhas de Tagondaing revêtent une importance particulière parce qu’ils permettent de corriger une idée reçue fréquente concernant l’art bouddhique birman.
L’histoire artistique du Myanmar n’a pas commencé avec Bagan.
Lorsque le roi Anawrahta établit la puissance de Bagan au XIe siècle, la sculpture bouddhique avait déjà derrière elle plusieurs siècles de développement. Les cultures Pyu, Mon et arakanaise du Myanmar avaient produit des images religieuses et des monuments bien avant que les grands temples de Bagan ne transforment le paysage artistique.
Les bronzes de Tagondaing appartiennent à cette histoire antérieure.
Leur contexte approximatif des VIe–VIIe siècles les situe plusieurs siècles avant la sculpture bouddhique monumentale de Bagan. Ils constituent donc un lien essentiel entre les premières traditions bouddhiques du Myanmar et le développement ultérieur d’une sculpture véritablement birmane.
De la sculpture Pyu à Bagan
Il serait tentant d’imaginer une évolution artistique simple : la sculpture Pyu, suivie de la sculpture de Bagan, puis de celles d’Ava et de Mandalay.
La réalité était considérablement plus complexe.
Différentes traditions artistiques existaient simultanément et les idées circulaient entre les régions. Les influences Pyu, Mon et indiennes interagissaient entre elles, tandis que les artistes de Bagan, plus tard, héritèrent de nombreuses traditions antérieures qu’ils transformèrent à leur tour.
Les Bouddhas de Tagondaing doivent donc être considérés comme faisant partie d’un environnement artistique plus vaste, plutôt que comme les ancêtres isolés du Bouddha de Bagan.
Leur importance réside dans le fait qu’ils démontrent à quel point l’imagerie bouddhique était déjà sophistiquée au Myanmar avant que Bagan ne devienne le principal centre politique et religieux.

La rareté des premiers bronzes du Myanmar
Pour les collectionneurs de sculpture bouddhique, les premiers bronzes Pyu sont particulièrement recherchés en raison de leur relative rareté.
Les Bouddhas birmans en bronze des périodes plus tardives sont beaucoup plus nombreux. En revanche, les sculptures conservées datant des VIe et VIIe siècles appartiennent à un corpus beaucoup plus restreint.
Cette rareté confère au groupe de Tagondaing une importance particulière.
Ces sculptures constituent des témoignages matériels d’une tradition artistique qui, autrement, est principalement connue à travers les vestiges archéologiques, les fragments architecturaux, les inscriptions et un nombre limité de sculptures conservées.
L’importance de tels bronzes dépasse donc leur seul attrait esthétique.
Ce sont des documents historiques coulés dans le métal.
Les trois Bouddhas de Tagondaing
Le fait que trois représentations de Bouddha apparentées aient été découvertes à Tagondaing est en soi significatif.
Il peut parfois être difficile de situer un bronze ancien isolé au sein d’une tradition artistique plus large. Un groupe offre en revanche la possibilité d’identifier des caractéristiques récurrentes dans les proportions, la posture, le modelé et la technique de fonte.
Les trois Bouddhas de Tagondaing sont ainsi devenus un point de référence important pour l’étude de la sculpture bouddhique de la période Pyu.
La publication consacrée aux trois images par Myo Thant Tyn en 2006 confirme que celles-ci sont depuis longtemps reconnues par les études birmanes comme constituant un groupe important.
Pourtant, beaucoup reste encore à découvrir à leur sujet.
Les circonstances archéologiques de leur découverte initiale, les relations précises entre les trois sculptures ainsi que leur histoire ultérieure mériteraient des recherches approfondies.
Ce manque d’informations rend ces bronzes d’autant plus intrigants.
Un chapitre oublié de l’art bouddhique du Myanmar
L’histoire de la sculpture bouddhique du Myanmar est souvent dominée par les temples et les représentations extraordinaires de Bagan. Pourtant, les Bouddhas de Tagondaing appartiennent à un monde plus ancien et beaucoup moins connu.
Ils témoignent d’une époque où le bouddhisme était déjà profondément établi au Myanmar, où la fonte du bronze avait atteint un degré de sophistication remarquable et où les artistes locaux adaptaient les idées venues du monde bouddhique environnant à leur propre langage visuel.
Leurs silhouettes élancées et leurs représentations debout diffèrent profondément des Bouddhas assis puissants qui allaient plus tard dominer la sculpture birmane.
Ils ne constituent donc pas simplement les premiers exemples d’un style qui allait progressivement devenir celui de la sculpture birmane.
Ils témoignent d’un moment artistique distinct.
Conclusion
Les trois Bouddhas en bronze découverts à Tagondaing comptent parmi les sculptures les plus intrigantes conservées et associées à la période Pyu du Myanmar.
Plutôt que de les situer dans les tout premiers siècles de la période Pyu, il est préférable de les comprendre dans le contexte des VIe–VIIe siècles, les éléments disponibles orientant plus particulièrement vers le VIIe siècle pour le groupe de Tagondaing. L’une des sculptures publiée par l’Asia Society est largement datée des Ve–VIIe siècles, tandis qu’une source birmane associe spécifiquement le groupe à une production du VIIe siècle.
Leur importance est considérable.
Ils démontrent le degré de sophistication atteint par la fonte des bronzes bouddhiques au Myanmar bien avant Bagan. Ils révèlent l’importance du Bouddha debout dans le vocabulaire artistique bouddhique ancien. Ils illustrent également la manière dont les artistes du Myanmar participaient à un monde bouddhique plus vaste tout en développant leurs propres traditions visuelles distinctives.
Les Bouddhas de Tagondaing sont donc bien plus que de rares vestiges archéologiques.
Ils représentent un chapitre important dans la formation de l’art bouddhique du Myanmar — un chapitre antérieur à Bagan, mais qui permet de mieux comprendre comment les grandes traditions sculpturales du Myanmar des périodes ultérieures ont pu voir le jour.



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